Auteur prolifique amené dans la lumière par sa trilogie des Fourmis , Bernard Werber est passé par bien des étapes depuis ses débuts, et publie aujourd'hui le dernier tome du Cycle des Dieux, j'ai nommé Le Mystère des Dieux , au terme duquel les aventures de Mickael Pinson, ex-thanatonaute devenu apprenti-dieu, arriveront à leur terme. Le journaliste scientifique auteur des Thanatonautes a-t-il, comme beaucoup l'affirment, perdu sa plume ? Quelques éléments de réponse par l'équipe Divers.

Bernard Werber est l'un des auteurs français les plus connus et les plus prolifiques. Parmi ses romans les plus aboutis et ayant rencontré le plus grand succès, on compte la trilogie des Fourmis , le roman Les Thanatonautes qui démarre le Cycle des Anges, ou encore l'Ultime Secret . Journaliste scientifique, il propose une vision différente de l'écriture et du roman, très proches des sciences, notamment grâce à l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu , un ouvrage fictif (et qui sera finalement réellement publié plus tard) dont les articles sont disposés entre les chapitres, éclairant ainsi le lecteur sur les sciences, la philosophie ou l'histoire.
Le Mystère des Dieux est le troisième et dernier tome du Cycle des Dieux, lui-même se plaçant à la suite du Cycle des Anges, composé de deux romans: Les Thanatonautes et L'Empire des Anges .

Mickael Pinson est un anesthésiste promis à une vie sortant bien de l'ordinaire. Rejoignant de son vivant l'équipe des Thanatonautes, il explore les différentes dimensions de la mort. Une fois définitivement décédé, son âme s'élève pour faire de lui un ange ayant la garde de trois êtres humains. Cette mission achevée, il passe enfin au stade d'élève-dieu où il a cette fois sous sa garde toute une population d'humains.
Le jeu d'Y, présenté dans le Cycle des Dieux, regroupe une promotion de 144 élèves-dieux regroupés autour d'une planète test : Terre 18. Au fil des leçons, les dieux grecs de l'antiquité enseignent aux élèves-dieux les différents devoirs et pouvoirs des dieux. Dans le même temps, les peuples de chaque dieu évoluent, et certains sont éliminés, avec leur dieu attitré, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un au final.
D'autres évènements se produisent bien sûr en marge de cette compétition, comme l'apparition d'un « déicide » qui assassine les participants, ou les relations entre les différents personnages, et particulièrement les relations amoureuses dont Mickael Pinson est bien sûr au centre.
Puisqu'il est difficile de décrire le synopsis d'un ouvrage sans dévoiler le scénario, sachez juste que Le Mystère des Dieux commence juste avant la finale du jeu d'Y, la dernière partie qui élira l'élève-dieu qui aura le droit d'aller rencontrer le Grand Dieu par-delà les Champs Elysées. S'en suivra pour Mickael Pinson et ses comparses une quête pleine de rebondissements, continuant celle initiée dès les premières pages qui décrivent la vie de Mickael Pinson: la recherche de « ce qu'il y a au-dessus ». Il a été humain désirant savoir ce qu'il y avait après la mort, ange désirant connaître les dieux, élève-dieu désirant rencontrer le Grand Dieu. Et qu'y a-t-il au-dessus ? Et encore au-dessus ? Et encore ? Et encore ?
Le Mystère des Dieux est un ouvrage très inégal. Pour faire simple, vous commencez à lire, et au bout d'un certain nombre de pages, vous vous ennuyez ferme, presque au point de refermer le livre et de l'abandonner. Et là, arrive un rebondissement, une surprise que vous n'aviez pas prévue, et qui vous remet sur les rails. Vous continuez donc à lire en pensant que la suite promet d'être meilleure, et en fait non, après un certain temps, vous retombez dans l'ennui, jusqu'à ce qu'un autre rebondissement bien pensé vous réveille, et cela continue comme ça jusqu'à la fin.
Le rythme est lent et inégal, les passages de l'Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu ne produisent plus le même effet que dans les premières pages des Fourmis, se répètent et deviennent inintéressantes. Il semble qu'après plus de 6 tomes à utiliser cette Encyclopédie, l'auteur ne puisse s'empêcher de se répéter et de tourner en rond. La philosophie décalée et scientifique présente dans tous les romans de Werber passe également moins bien, et commence à lasser.
Enfin, les personnages, trop « divins », trop puissants et pourtant trop humains, lassent également dans la répétition et parfois l'absurdité de leurs actions. C'est particulièrement vrai pour les Maîtres Dieux, issus de la mythologie grecque, dont le côté humain enlève tout intérêt. Et si finalement, l'intérêt des dieux, n'était-il pas de garder une part de mystère ? On relève également avec étonnement quelques elypses scénaristiques auxquelles Bernard Werber ne nous avait pas habitué, et qui peuvent être tolérées dans le cadre d'un livre pour enfants comme Le Monde de Narnia, mais pas dans le dernier tome d'une saga comme celle-ci. Et pour terminer, l'auteur fait toujours autant la publicité de ses propres romans dans ses autres ouvrages, et on s'en serait bien passé.
Alors, malgré tous ces défauts, Le Mystère des Dieux est-il un mauvais livre ? Pas vraiment, et le goût laissé à la fin de la lecture reste plutôt bon grâce aux trouvailles et aux rebondissements qui rythment l'aventure. Toutefois, on ne peut s'empêcher de penser que Werber aurait pu et dû condenser le Cycle des Dieux en deux tomes plus rythmés et mieux pensés, plutôt que d'en faire trois au rythme inégal et à la qualité relative. Pour ceux qui ont lu les deux premiers tomes, je vous conseille bien sûr de lire celui-là pour clore la saga. Pour ceux qui voudraient s'initier au « style Werber », orientez-vous plutôt vers Les Fourmis , ou vers le duo Les Thanatonautes et L'Empire des Anges sans passer par le Cycle des Dieux, qui est à mon avis, le moins bon cycle de l'auteur.
Le Mystère des Dieux est paru aux éditions Albin Michel, disponible pour 14.50€ d'occasion, et pour 21€ neuf.
Il est à noter qu'un jeu vidéo reprenant le principe du jeu d'Y présenté dans le Cycle est actuellement en préparation. Vous pouvez voir quelques captures d'écran ici.