Quoi de plus difficile que d’écrire sur l’œuvre entière d’un auteur, qui plus est sur un auteur qui m’est si cher ?
Je vais essayer de vous faire partager mes émotions, vous faire comprendre pourquoi il fait partie de mes auteurs favoris sans vous gâcher le plaisir d’une lecture (ce qui serait contre-productif).
Michael Moorcock est né fin 1939 au Royaume-Uni. Parallèlement à son travail d’écriture, il collabore avec plusieurs groupes de rock. Il devient rédacteur en chef de la revue Tarzan Adventures en 1957 puis directeur de la revue New Worlds. A l'origine chargé de réécrire les aventures de Conan, il crée ses propres personnages et univers pour aboutir à de nombreuses séries telles que Elric, Hawkmoon, Von Bek, Erekosë etc. Il rédigera également quelques livres qui sortent de ce grand cycle général comme Mother London, même s'ils ne sont pas à la base de sa renommée.
Je vais ici m'intéresser aux grandes séries présentées ci-dessus.
Une grande partie de l’intérêt des ouvrages de Moorcock réside bien dans leur univers. L’auteur a réussit à retranscrire, à créer un univers unique et novateur que l’on retrouve dans chaque grand cycle.
Ainsi d’Hawkmoon à Elric, de Corum à Erekosë en passant par Von Bek, tous évoluent dans ce monde bien particulier.
Les premiers ouvrages peuvent être difficiles à appréhender, selon le cycle par lequel vous commencez. Certains passages vous paraîtront certainement mystérieux voire confus. Mais au fur et à mesure que vous lirez chaque épopée, que vous découvrirez un personnage ou plutôt une nouvelle facette du personnage, vous comprendrez d’autres aspects et découvrirez la cohérence générale. C’est une sensation réellement plaisante, chaque livre vous apporte sa contribution, son plus qui vous permet de mieux vous inscrire dans cet univers global.
Que vous dire maintenant sur celui-ci sans trop vous gâchez le plaisir ? L’œuvre entière se fonde sur le Multivers. Chaque planète n’est qu’une sphère parmi les infinités qui existent. Elles sont presque toutes gouvernées selon deux entités supérieures qui s’affrontent pour récupérer le contrôle de chaque sphère ou plan, pour établir au maximum leur influence : la Loi et le Chaos. Vous découvrirez toutefois que les livres sont loin d’être manichéens, ce qui en fait une des grandes forces. D’autres puissances apparaissent et jouent des rôles importants, le Chaos n’est pas le Mal absolu tout comme la Loi n’est pas le Bien.
Le deuxième aspect fondamental des séries est sans aucun doute leur personnage principal, leur héros. Une fois de plus ici, ce "Champion Eternel" n’est absolument pas là pour sauver le monde. Ou du moins, il n’y arrivera pas de la même manière que dans une écrasante majorité d’heroic-fantasy. Ici, il est avant tout un homme, faillible, parfois faible et lâche. Il est souvent tiraillé entre les deux grandes entités, sa volonté de faire le bien et son allégeance au mal ce qui induit un comportement contradictoire ou du moins une séparation entre ses envies et ses actes.
On retrouve des personnages réellement charismatiques puisque crédibles et dotés de véritables défauts. Elric est lâche, assassin, cynique, traître. Et pourtant, on comprend son cheminement logique, on s’émeut de ses difficultés et de ses émotions. Il est pourtant plus que loin du héros traditionnel au cœur pur et vaillant.
Ainsi, les grands cycles de Moorcock sont construits selon une même logique. On y suit un personnage majeur dans une sphère particulière qui va avoir affaire avec des entités supérieures quelles qu’elles soient et va tenter de corriger certaines injustices, de rendre le monde meilleur en quelque sorte. Il est toujours accompagné par un compagnon, ami fidèle, soutien dans les moments difficiles, bon conseiller. On retrouve également la traditionnelle bien-aimée. Malheureusement, la proximité avec le Champion Eternel ne va généralement guère leur réussir.
Je suppose que vous vous posez ici ces questions : Quel intérêt d’avoir de lire plusieurs cycles parallèles ? Cela n’engendre-t-il pas une certaine lassitude ?
Rassurez-vous, ce n’est absolument pas le cas. Tout d’abord parce que les héros sont très différents les uns des autres même s’ils ont certains points communs. Ensuite parce que si le monde est régi par le même principe général, cela n’empêche pas l’auteur d’introduire de nombreuses spécificités, un caractère tout à fait particulier à chaque plan. Vous trouverez dans Hawkmoon un aspect technologique assez développé, ce qui est totalement absent chez Elric par exemple. Le cycle von Bek se déroule à une époque assez récente dans notre monde, Corum évolue dans un univers complètement différent.
Enfin, tout autant que les personnages et les environnements, les actions elles-mêmes et les évolutions sont également distinctes. Du fait justement de leur personnalité et de leur plan, les héros n’entreprendront pas les mêmes actions et les rebondissements s’en trouveront différents.
Moorcock est pour moi un auteur fondamental que tout amateur de fantasy se doit de découvrir. Il apporte une véritable fraîcheur vis-à-vis de toute la tradition d’heroic-fantasy et nous propose un univers très développé et plus qu’intéressant.
J’ai volontairement raccourci au maximum mes explications et j’ai de fait négligé beaucoup d’aspects. J’espère vous en avoir donné suffisamment pour que l’envie de lire une de ces œuvres vous emporte et suffisamment peu pour ne pas gâcher votre plaisir. Ne vous inquiétez pas, vous découvrirez beaucoup de choses en lisant ces cycles, non seulement sur les histoires à proprement parler mais également sur le monde lui-même.
Pour des conseils purement pratiques, je conseille Corum ou Hawkmoon dans une première approche, ils sont les plus faciles. Elric est très intéressant mais peut-être plus compliqué à appréhender, Von Bek restant un ton en-dessous. Je ne peux malheureusement pas vous renseigner sur les autres sagas, ne les ayant pas lu.