Il y a deux types de films d'horreur: les films qui se prennent au sérieux et qui tentent (souvent vainement) de faire vraiment peur, et les films qui ne se prennent pas au sérieux et qui prouvent que l'on peut mourir de rire devant un film gore. Quand on pense au second type, avant, on pensait surtout à Bad Taste et Brain Dead , de Peter « LotR » Jackson. Maintenant, on pourra citer Black Sheep , de Jonathan King.
Black Sheep est un film « gore » (c'est à dire un film de pseudo-horreur avec du sang et des tripes à foison) du néo-zélandais Jonathan King. Sorti en mars dernier en Nouvelle-Zélande, il vient de sortir en Irlande, et n'a pas encore de date annoncée en France. C'est donc en version anglaise que votre serviteur s'est sacrifié pour aller le voir, avec des vrais morceaux d'accent néo-zélandais dedans.

Nous ne nous attarderons pas très longtemps sur le scénario de Black Sheep qui a probablement été écrit sur une serviette jetable un soir de beuverie dans un pub de Wellington. Henry, notre héros, souffrant d'une phobie des moutons, rentre à la ferme natale afin d'y régler quelques problèmes administratifs avec son businessman de frère qui, lui, croit que les manipulations génétiques sont l'avenir du commerce de moutons. De leur côté, un duo d'activistes écologiques s'apprêtent à lancer une opération commando sur le laboratoire situé à côté de la ferme. Comme de par hasard, cette opération tournera vite au vinaigre, et les produits toxiques seront répandus dans la nature, transformant tous les moutons alentours en bêtes féroces...
Black Sheep fait partie de ces films gore qui ne se prennent absolument pas au sérieux, comme si Jonathan King avait su que voir des gerbes de sang et des tripes voler en tous sens aurait bien plus d'intérêt comme élément comique que comme élément horrifique. Dans la plus pure lignée des premiers films de Peter Jackson, j'ai nommé Bad Taste et Brain Dead , les fuites éperdues, combats, explosions et tronçonnements s'enchaînent et se mêlent aux éléments les plus absurdes et aux plus gros clichés.
La réalisation est honnête, bien que les moutons-garous aient autant de crédibilité et de réalisme que de vieilles animatroniques. La photo est véritablement ce qui reste le plus moderne dans ce film au scénario simpliste, et les magnifiques paysages de la Nouvelle Zélande produisent toujours un effet boeuf, ou plutôt mouton. Le jeu d'acteur est limité et poussif, et le fort accent néo-zélandais a probablement rendu une partie des gags du film complètement incompréhensible à votre serviteur.
L'élément le plus important, au final, reste le mouton. Un film d'horreur normal aurait parlé d'une invasion d'araignées, de loups mangeurs d'hommes ou des zombies. Mais dans Black Sheep, on parle de moutons mangeurs d'hommes, et voilà ce qui donne à ce film son aspect si décalé et si génial.
Vous l'aurez compris en lisant les lignes ci-dessus, Black Sheep n'est pas un grand film. Un jeu d'acteurs poussif, une réalisation sans grands moyens, un scénario tenant sur un quart de feuille de papier toilettes, et des clichés à gogo. Et pourtant, ce sont tous les éléments que je viens de citer qui font de Black Sheep un monument du film gore, parce qu'un film de série Z bien réalisé n'est décidément pas un film de série Z.
J'ai regardé Black Sheep comme tout fan de série Z qui se respecte, avec un verre de soda extra-large, une glace et un gros paquet de bonbon, riant aux éclats en cœur avec tous les spectateurs de la salle, ayant parfois du mal à reprendre mon souffle entre deux situations gores et grotesquement géniales, et j'ai passé un moment magnifique.

Courrez voir Black Sheep dès qu'il sort si...
Par contre, n'allez absolument pas le voir si...
