Heidi Ewing et Rachel Grady nous présentent à travers ce film-documentaire le mouvement évangéliste aux Etats-Unis. Pour cela, nous suivons la vie de plusieurs jeunes enfants, les principaux protagonistes ayant entre 5 et 7 ans, à travers un camp d’été géré par des évangélistes. Jesus Camp nous propose ainsi de découvrir les méthodes d’éveil à la foi déclareront certains, d’embrigadement rétorqueront d’autres, de ces camps.
Ainsi nous suivons Lévi et Rachel, d’abord dans leur famille puis dans ce camp de vacances, situé dans le Dakota du Nord. Nous assistons ainsi à l’ascension de Lévi, brillant orateur et nous recueillons surtout leurs pensées, leurs visions de la vie, leurs sentiments vis-à-vis des autres enfants non-croyants par exemple.
Précisons tout d’abord que ce film se rapproche plus du documentaire que du film à proprement parler. Il a clairement pour but de nous faire réfléchir sur les dérives extrémistes et radicales du protestantisme. Le suivi des jeunes croyants est entrecoupé de séquences présentant un célèbre présentateur radio dénonçant non seulement les pratiques des responsables du camp mais également et surtout, l’ingérence du mouvement religieux dans la vie politique américaine. On suit parfois en outre des familles évangélistes dirigeant personnellement l’éducation de leurs enfants, refusant l’école traditionnelle et par-là même enseignant les thèses évangélistes.
Si raconter le film ne présente guère d’intérêt, il est plus utile de s’attacher à des anecdotes qui sont révélatrices de l’état d’esprit de ce camp. Ainsi est dénoncé Harry Potter, criminel ne méritant pas sa place sur Terre – même s’il nous semble relativement difficile de le rencontrer quoi qu’il en soit – du fait de son statut de sorcier. Un sorcier est en effet un ennemi de la foi. La lecture des célèbres romans de J.K. Rowling est de ce fait sévèrement réprouvée. Autre moment mémorable, l’entrée d’une effigie en carton du président américain Bush, cité comme vénérable saint élu de Dieu et dont il faut soutenir l’action politique. Toutefois, si ces scènes prêtent à sourire, d’autres sont en revanche réellement effrayantes. On peut ainsi noter la scène de repentance collective où l’on assiste, stupéfait, au spectacle des enfants en larme, voire se convulsant sur le sol. Notre désarroi atteint son point culminant lorsque l'on contemple l’apparition d’un représentant du mouvement « pro-life », doctrine s’opposant fermement à l’avortement, qui bâillonne les enfants d’un morceau de scotch rouge où est inscrit « Life » avant de les envoyer devant le Congrès à Washington pour favoriser l’élection d’un juge de la Cour Suprême favorable aux doctrines évangélistes, juge Samuel Alito, effectivement élu. Cette séquence met en relief les paroles du speaker radio, inculpant la politisation du mouvement évangéliste et brandissant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Cette politisation est d’ailleurs totalement transparente et même revendiquée par Becky Fisher qui dirige ce camp d’été pour enfants. Elle promeut ainsi l’endoctrinement sans concession des enfants, des jeunes enfants particulièrement, puisque ce qu’on fait croire à un enfant de 7 ans reste à jamais gravé en lui nous clame-t-elle fièrement. Elle revendique même le fondamentalisme, annonçant que les enfants doivent être près à mourir pour leur cause, pour la défense de leur vision sectaire de la religion, puisque les musulmans en sont capables également.
On retiendra ainsi principalement de Jesus Camp que les dérives extrémistes ne sont l’apanage d’aucune religion et que la séparation entre l’Eglise et l’Etat reste un point essentiel pour notre pérennité.
Ce documentaire n’est bien sûr pas exempt de défaut. L’on peut ainsi mettre en doute, non l’importance du mouvement évangéliste, mais la représentativité de cette fraction extrémiste. Il nous est également difficile de mesurer l’impact sur la politique américaine de ces radicaux. Toutefois, le but principal des réalisateurs étant de mettre en garde contre l’extrémisme et de nous faire réfléchir sur notre foi et surtout de la traduction de cette foi dans nos actes, on peut aisément considérer que ce but est atteint. Ce film nous choque et c’est bien l’objectif.