Une fois de plus, ne reculant devant aucun cruel sacrifice, la rédaction Divers a envoyé un envoyé spécial à la projection du film Grindhouse , la dernière production Rodriguez & Tarantino , et une chose est sûre : ça décoiffe.
Le grand sourire de l’employé du cinéma lorsqu’il a pris mon ticket m’a mis dans l’ambiance dix minutes avant le début de la séance. Je me dirige vers la salle, puis m’arrête : autant y aller à fond. « Un pop-corn géant s’il vous plait m’dame ! ». Grindhouse fait partie de ces films qui se voient entre amis avec un gros tas de junk food à portée de main, je ne pouvais déroger à la règle.
J’entre dans la salle… et en ressort trois heures et quinze minutes plus tard. Ma première réaction est la même que celle des gens qui sortent de la séance en même temps que moi : GRAAOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUUUHHHHHHHHHHHHHHHHHH !!!!
Trop de testostérone ! Trop de sexe et de violence ! Trop de second degré et d’humour gras ! Trop ! Trop ! Le ciel gris de Québec s’emplit des hurlements des cinéphiles qui sont pris du soudain besoin de sortir leurs tripes pour évacuer le trop-plein d’hormones mâles accumulées au long de la séance. Une fois les hurlements arrêtés, nous nous regardons les uns les autres avec un sourire béat : c’est l’orgasme cinématographique pour tous les fans de séries Z…
Mais comment en est-on arrivé là ? Je vais commencer à faire mon boulot de rédacteur et revenir au début…

Grindhouse est le fruit de la collaboration de deux réalisateurs bien connus : Robert Rodriguez (Desperado , Une nuit en enfer , The Faculty , Sin City , etc.) et Quentin Tarantino (Reservoir Dogs , Pulp Fiction , Kill Bill , etc.). Le casting est tout aussi prestigieux au niveau des acteurs, mais afin de ne pas gâcher la surprise, je vous laisserais découvrir seuls les différents acteurs. On notera toutefois la prestation remarquée de Rose McGowan dans les deux films.
Car oui, premier concept un peu fou : Grindhouse n’est pas un seul film, mais deux. La séance est divisée en deux segments, entrecoupés de fausses publicités et de bandes annonces déjantées.
Réalisateur : Robert Rodriguez, avec la coopération de Quentin Tarantino
Synopsis : La diffusion d’un gaz toxique d’origine inconnue dans l’air transforme les habitants d’une petite ville de l’ouest des Etats-Unis en zombies purulents. Cherry, ex-strip teaseuse qui rêve de faire de la comédie, et son petit ami Ray tentent de les combattre avec les quelques rares survivants…
Le film : Véritable hommage aux séries Z qui ont bercé toute une génération, Planet Terror est un film « n’importe quoi ». Durant les quelques 75 minutes que dure le film, le spectateur recevra une décharge de testostérone, de sexe, de violence et d’action en permanence. Sur fond de film de zombie, Planet Terror est surtout un film délire, réceptacle de tous les rêves d’étudiants réalisateurs qui n’ont jamais été réalisés. Amateurs de séries B et plus si affinités : Planet Terror est votre temple. Mais là où Rodriguez dévoile son génie, c’est qu’il ne se prend à aucun moment au sérieux. La pellicule est vieillie artificiellement en hommage aux films des années 80, parfois brûlée, les scènes sont volontairement mal montées, mal coupées, certaines sont manquantes. Le réalisateur arrive à jouer avec tous les clichés du genre et à les tourner à son avantage dans un flagrant second degré et un génial mauvais goût. Les héros sont caricaturaux, les scènes d’action hilarantes d’irréalisme et les gags d’un mauvais goût gore à souhait. De la femme qui a un fusil d’assaut à la place de la jambe à l’infirmière se battant avec son pistolet à seringue en passant par les baby-sitters psychopathes et le trafiquant collectionneur de testicules, les limites sont franchies et balayées dans ce film dont le mot d’ordre pourrait être « Vous pensiez avoir tout vu ? Tout supporté ? On est allés plus loin ! ».
Réalisateur: Quentin Tarantino, avec la coopération de Robert Rodriguez
Synopsis : Austin, Texas. Un ancien cascadeur prend son pied à percuter à 300km/h des voitures remplies de jeunes et jolies jeunes filles…
Le film : Légèrement plus subtil que Planet Terror , Death Proof nous propose de suivre une part de la vie de groupes de jeunes et jolies texanes. Avec en permanence une suggestion sexuelle qui n’est réellement montrée que dans le vrombissement des gros moteurs qui sont le centre de ce film, Tarantino jongle avec les clichés des teen movies (le groupe de jeunes filles super sexy poursuivies par le grand méchant) et nous amène subtilement à nous demander : mais… où est-ce qu’il veut en venir ? Pour terminer par une apothéose mécanique sur une petite route de campagne…
Outre les films, la séance est parsemée de petits interludes sous la forme de fausses publicités et de fausses bandes annonces de films. Je n’en dirais pas plus sous peine de gâcher la surprise à tous ceux qui iront voir Grindhouse , mais ces interludes suivent clairement la même voie que les deux segments principaux : action déjantée, horreur gore et série Z, le tout dans un second degré assez peu subtil.
Grindhouse est la consécration des rêves d’un million d’adolescents qui ont un jour rêvé de faire leur propre film d’action ou d’horreur. En fait, Grindhouse ressemble à un film tout droit créé après un concours de « T’es pas cap’ » : « T’es pas cap’ de lui mettre un fusil d’assaut à la place de la jambe ! » « T’es pas cap’ de prendre un acteur super connu et de lui faire juste jouer une scène débile de 3 secondes ! » « T’es pas cap’ de faire 50 gros plans sur les seins et les fesses des actrices pendant ton film ! » etc. Ce à quoi les deux réalisateurs répondent : Ah ouais ? Et de s’empresser de rajouter tout ça dans leur script.
Grindhouse est un hommage à la série Z, à l’horreur, au gore, à l’action débridée. Des actrices magnifiques et éternellement sexy rajoutent la haute dose de sexe nécessaire à tout ce genre de film. Mélangez le tout, ajoutez une tonne d’effets visuels repris des années 80-90, le savoir faire de deux grands réalisateurs, le talent d’une plâtrée de grands acteurs, et vous obtiendrez un film qui prouve que le cinéma n’est pas seulement un business, et que certains font encore des films pour s’amuser.
Un bémol à apporter : Grindhouse ne plaira pas à tout le monde. La forte dose de violence et de sang peut choquer ceux qui la prendrait trop au premier degré. Les clichés sexistes et autres gros plans sur les attributs avantageux des actrices pourraient également agacer les plus féministes d’entre nous. Mais n’oubliez pas : ceci n’est que de l’humour, alors souriez !
GRAAAAAAAAAOOOOOOOOOOOOOOOOOOUUUUUUUUUUUUHHHHHHH !!!!!
Alors que j'écris cet article, mes collègues m'informent que Grindhouse sera peut-être séparé et diffusé en deux films distincts en Europe. Cela signifie que les bandes annonces seront retirées des écrans. En réaction, vous avez le droit de vous rassembler et de jeter des oeufs pourris sur les quelques personnes ayant décidé celà, car c'est une grande perte.