Vermine est un jeu de rôle sorti en 2004 aux éditions du 7ème Cercle. Ses auteurs, sous la houlette de Julien Blondel, y décrivent une Europe dangereuse et dévastée au milieu du XXIème siècle dans laquelle de rares survivants des successives guerres et catastrophes naturelles essaient de rebâtir leur vie et leur univers. Petit tour d’un horizon bien sombre …

Europe : 2037. Depuis le début du XXIème siècle, la détérioration des conditions météorologiques et l’augmentation de la pollution atmosphérique ont contribué à déplacer maladies et espèces insectes du sud vers le nord. Des hordes d’insectes à l’ADN muté résistant aux pesticides ont fondu sur l’Europe et l’Amérique du Nord, transmettant des maladies foudroyantes. La sur-utilisation de produits chimiques a eu pour effet de déplacer de quelques années le problème : si un nouveau pesticide arrive à atomiser 99% d’une horde insectoïde, les 1% restants développent une résistance au produit et se reproduisent vite, très vite … En quelques dizaines d’années, la civilisation telle que nous la connaissons s’est effondrée sur elle-même : guerres civiles et combat contre la Vermine, nom donné à cet ensemble de calamités qui ont fondu sur l’Occident. Les Etats n’ayant plus lieu d’être tant la population avait été décimée, les humains s’organisèrent en communautés regroupées autour d’un chef charismatique, d’un abri improvisé ou tout simplement d’une volonté commune de survie.
De la chute de la société humaine émergea un nouveau courant spirituel : le chamanisme. Répandu par un certain Chaeman figure légendaire considérée comme étant le Premier Chaman ayant enseigné aux autres, le chamanisme considère l’existence d’un Esprit de la Terre appelé Gaïa. La légende de Chaeman raconte que Gaïa elle-même expliqua au jeune chaman le fonctionnement des esprits naturels et des huit totems représentant les comportements et philosophies de la Vermine comme des êtres humains : le Prédateur, le Charognard, le Parasite, le Symbiote, le Bâtisseur, la Horde, le Solitaire et la Ruche.
Pendant ce temps, les communautés humaines se reconstruisaient sur les ruines de la civilisation : les communications à longue distance étaient un vieux souvenir et les voyages de quelques kilomètres sur les rares bêtes de trait ou véhicules ayant survécu aux trente dernières années présentaient un danger, tant à cause des pillards que de la Vermine. Des mutations apparurent chez les êtres humains, légendes et réelles informations furent répandues par les messagers. L’homme était un parasite, une maladie à laquelle Gaïa a violemment réagi. Le monde est à nouveau vierge et tout est à reconstruire sur de nouvelles bases.
Le système de Vermine est aussi simple que mortel. Le jeu utilise des dés à 10 faces et les jets de dés sont extrêmement simples : le meneur de jeu fixe une difficulté, le joueur jette autant de dés à 10 faces qu’il a de score dans une caractéristique et donne le résultat.
Chaque personnage a deux « réserves »: une Réserve de Sang-Froid et une Réserve d’Effort. Ces réserves représentent la fatigue du personnage. Quand un personnage veut faire un effort particulier pour réussir une action, il peut piocher dans la réserve adéquate, symbolisant ainsi qu’il s’épuise pour réussir son action. La Réserve de Sang-Froid est réservée aux actions mentales et la Réserve d’Effort aux actions physiques. Quand l’une ou l’autre des réserve arrive à moins de 5, tous les jets de dés sont minorés d’un dé pour représenter que la fatigue du personnage le handicape.
Les compétences d’un personnages sont gérées via un système de spécialités, qui représente le fait qu’un personnage est meilleur dans certaines choses. Certaines actions sont faisables sans avoir la spécialité (grimper, chasser, faire la cuisine, etc.) et d’autres non (la chirurgie, la mécanique, etc.), selon le bon vouloir du Maître de Jeu. Cependant, un personnage qui souhaite cuisiner et qui a la spécialité « Cuisine » aura des bonus par rapport à un autre qui ne l’a pas.
La gestion des dégâts est l’une des raisons pour laquelle Vermine est un jeu si mortel. En effet, lors d’un combat, si un coup porte, le joueur jette un nombre de dés déterminé par l’arme avec lequel il a porté son coup, et selon les résultats, un personnage peut être simplement touché, blessé ou tué sur le coup. Finis les combats durant lesquels des êtres humains pouvaient encaisser dix rafales de mitrailleuse sans tomber, dans Vermine, que ce soit d’une balle dans le cœur ou d’un coup de couteau dans la gorge, la mort n’est jamais loin.
Vermine prévoit que les joueurs aient une influence sur le monde qui les entoure et ne soient plus seulement confinés à jouer dans un univers préparé par leur Maître de Jeu. Ainsi, il arrive parfois que le Maître de Jeu fasse une pause dans le jeu afin de poser une question aux joueurs (et non aux personnages) : « Que pensez-vous qu’il est arrivé à cette communauté ? », « Qu’arrivera-t-il à ce personnage qui s’est enfui ? », « Pensez-vous que les réparations vont fonctionner ? » Les joueurs ont alors un peu de temps pour se mettre d’accord et voter sur une pensée commune. Le Maître de Jeu note alors et adapte son univers en fonction du vote des joueurs et de l’interprétation qu’il peut en avoir.
Autre système innovant de Vermine, le Maître de Jeu a lui aussi une fiche sur laquelle il note ses points d’expérience. En effet, les auteurs sont partis du principe qu’il existe différents personnages dans le monde qui revêtent des importances différentes, du petit forgeron à Chaeman lui-même, et que des Maîtres de Jeu novices à Vermine ne devraient peut-être pas utiliser les personnages trop importants sous peine de gâcher une partie du plaisir de la découverte des joueurs en leur faisant rencontrer trop tôt des personnalités trop puissantes. A la fin de chaque scénario, le Maître de Jeu peut donc appeler un vote. Les joueurs auront à attribuer une note au Maître de Jeu selon quatre critères : Technique (maîtrise des mécanismes du jeu), Intrigue, Ambiance et Implication (des joueurs). Selon le résultat, le Maître de Jeu gagnera un certain nombre de points d’expérience qui lui permettront au fil du temps de gagner des niveaux. Les personnalités du monde de Vermine ont elles-mêmes des « Niveaux de mise en scène », indiquant au Maître de Jeu ce qu’il devrait pouvoir mettre en scène ou non.
Bien sûr, toutes ces règles et ces options qui font le charme de Vermine sont facultatives.
La gamme de Vermine éditée par le 7ème Cercle est pour l’instant très restreinte et elle est malheureusement arrêtée suite au départ de l’auteur, Julien Blondel, de la maison d'édition. Heureusement, les droits n’appartiennent pas à l’éditeur, mais à l’auteur, et celui-ci a fait savoir à la communauté qu’il ne comptait pas abandonner un jeu aussi prometteur et dans lequel il a placé autant d’espoirs. En attendant une éventuelle reprise donc, voici les ouvrages déjà sortis :
Le Livre du Meneur et le Livre du Joueur sont la base pour jouer. Ils présentent l’univers, expliquent les règles, le matériel, donnent des exemples, etc. L’Ecran du Meneur, lui, comporte un livret de grande qualité plein de scénarios et d’idées pour le meneur de jeu.

« Parasite & Symbiote » et « Prédateur & Charognard » sont deux recueils de scénarios portant chacun sur la thématique des totems. A l’origine, des recueils étaient prévus pour tous les totems mais suite à l’arrêt de la gamme, ils n’ont pas encore pu être édités.

« Rumeurs : 2037 » est un livre de contexte et de règles, une véritable boîte à outil pour meneur de jeu donnant nombre d’archétypes d’animaux, d’insectes ou d’humains et incluant également des ajouts de règles, notamment sur le chamanisme.

Vermine est un jeu original, tant par son univers « Post-Apocalyptique-Ecolo » que par son système de jeu, qui n’a malheureusement pas trouvé son public dès le début de sa commercialisation. La communauté, active, se regroupe autour de la mailing-list officielle du jeu pour lancer des projets comme le fanzine Verzine dont le premier numéro devrait voir le jour bientôt, en attendant l’annonce de la relance du jeu par son auteur. Vermine n’est pas un jeu héroïque mais un jeu « réaliste » dans son système, et ainsi peu accessible aux nombreux joueurs plus habitués à Donjons & Dragons. Cependant, si vous aimez frissonner dans un univers sombre et inquiétant, alors n’hésitez plus, car ce jeu est une perle à côté de laquelle il serait dommage de passer.
Voir aussi le site officiel du jeu. Accéder à la mailing-list Vermine.
Une fois encore, merci au Guide du Rôliste Galactique pour les images des livres.