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Intolerance: Love's Struggle Throughout the Ages

Un film de D.W. Griffith (1916)

Voici une des oeuvres les plus remarquables de l'Histoire du cinéma, qui se confond avec la carrière d'un des pionniers américains du septième art. Suivez ce plongeon fabuleux dans les racines de Hollywood pour apprécier la démesure d'une superproduction incomparable.

Affiche
D.W. Griffith sur le tournage de Intolerance

D.W. Griffith sur le tournage de Intolerance

Il n'y a pas d'autre événement particulier pour présenter ce film que l'énorme choc qui suit sa vision. Ce chef d'oeuvre a plus de quatre-vingt-dix ans et prouve une fois de plus que la force dégagée par un film peut provenir avant tout de la vision de son auteur.

Intolerance est un film muet, il dure trois bonnes heures, et ces simples arguments pourraient d'entrée couper court à toute envie d'en découvrir plus. J'ai mis près de vingt ans à avoir le courage de le regarder, intimidé par le statut historique donné à D.W. Griffith. C'était un tort, rien ne peut gâcher le plaisir devant un tel monument.

Pour ceux qui cherchent à en profiter à moindre frais, il semblerait que le film ne soit pas encore disponible dans le domaine public. Les éditions DVD ont toutefois l'avantage de proposer une image soignée par le passage sur support numérique. L'édition proposée par Le Monde, toujours disponible sur le site du journal, dans un coffret regroupant onze autres oeuvres majeures du cinéma, représente la version présentée en 1914 en salle. Seule la musique est plus récente, et a été composée en 1997. Celle-ci m'a parue trop hermétique au risque parfois de distraire du spectacle. La reprise d'une partition écrite pour l'occasion aurait été plus appropriée sans doute, mais avec un film muet chacun peut trouver une composition plutôt discrète qui pourrait accompagner le film, sans forcément paraître hérétique.

D.W. Griffith est sans doute le premier géant du cinéma hollywoodien. Après la création de Naissance d'une nation, autre superproduction de son époque relatant la naissance des Etats-Unis, il est accusé de racisme, mais le film reste comme l'un des plus important de l'histoire du septième art. Il fait en réaction aux critiques Intolerance: Love's Struggle Throughout the Ages pour faire front à leurs accusations de la plus belle manière possible.

On peut imaginer à ce moment que le but est de montrer à travers diverses périodes de l'Histoire des hommes "de bonne volonté" qui ont vu se dresser devant eux des barrières de refus dressées par d'autres hommes. Ce sont quatre histoires qui vont se relayer de scènes en scènes. Lillian Gish, star du muet, est l'interprète d'une mère devant son berceau, et fait passivement la transition entre chaque changement d'époque. D.W. Griffith utilise ces passages pour modifier le rythme du film, et renforcer des sentiments d'urgences ou d'autres plus lents dans des moments sombres.

Lilian Gish dans les inoubliables scènes de transition

Lilian Gish dans les inoubliables scènes de transition

En réalité, deux mondes sont plus souvent présents à l'écran que les autres. Une histoire contemporaine va mettre en avant des américains de la classe moyenne, rejetés dans la rue par l'action indirecte d'une puissante association conservatrice. Les victimes des défenseurs de la morale vont se retrouver dans les bas fonds d'une cité, avec ses activité douteuses et les drames qui vont frapper des personnes qui n'étaient pas préparées à se retrouver dans une telle situation. En même temps, le réalisateur nous conte la chute de Babylone au temps de Balthazar, trahi par le grand prêtre de la cité qui refusait de partager le monopole de son pouvoir religieux avec la représentante de la déesse Ishtar et bien-aimée du Prince Balthazar.

Entre ces deux fresques se succèdent des scènes de la vie du Christ, des noces de Cana à la crucifixion, où les pharisiens sont pointés comme les intolérants qui ont conduit par jalousie à la perte du Christ, ainsi qu'une représentation de personnages historiques pendants le massacre de la Saint-Barthelemy. C'est évidemment ici Catherine de Medicis et sa dynastie qui sont les responsables montrés du doigt par D.W. Griffith.

Si le montage de ces scènes est le moteur de la dynamique du film, D.W. Griffith ne manque pas d'utiliser d'autres astuces pour sublimer son travail sur un film muet et en noir et blanc. Tout d'abord l'utilisation de filtres pour donner une teinte particulière à l'image. Il ne s'agit pas de trouver une pâle tentative de coloriser la scène qui reste monochrome, mais bien de plonger plus facilement le spectateur dans le sentiment inspiré par la scène qu'il regarde.

Le drame moderne

Les deux amoureux victimes des intolérances modernes

Ensuite, on peut se douter des limites techniques du matériel, ne permettant pas de déplacer le point de vue facilement, encore moins d'user d'effet de travelling ou de zoom. D.W. Griffith pratique comme souvent dans ce cas des effets de caches pour focaliser à la manière d'un gros plan, mais aussi pour créer une sensation de mouvement, pour faire vivre ses scènes, alors que la prise de vue reste statique. Il ne fait pas l'économie de ces effets, et crée un relief et une exubérance fantastique, qu'il renforce avec des décors gigantesques, accompagnés d'une armée de figurants rarement aussi nombreux dans l'histoire du cinéma.

Malgré tous les effets numériques propres à égaler un réalisme bluffant, le cinéma moderne n'aura plus jamais les moyens de réaliser le monument que Griffith érige. Le décor grandiose qui reconstitue Babylone, et les batailles entre Cyrus et Balthazar tiennent largement la comparaison avec des hordes récrées par ordinateur, ou des cités virtuelles. On peut tout aussi bien imaginer l'audace dans cette vision de l'antiquité. D.W. Griffith montre la célèbre cité sous un règne hédoniste, avec des prêtresse largement dénudées. Et lorsque le fracas de la bataille remplace les soupir langoureux, des hommes font des chutes de dizaines de mètres, les décapitations se font au premier plan, et la violence est telle qu'on peut s'imaginer un tournage mouvementé ponctué d'accidents.

Babylone

La reconstitution grandiose de Babylone

Intolerance est une superproduction, qui surpasse par moment les réalisations pharaoniques de Cecil B. Mille, et appelle à la modestie tous les ambitieux projets soutenus par une débauche d'effets spéciaux. Son discours peut parfois paraître dépassé, avec une fin heureuse pour conclusion. Pourtant l'ensemble des histoires montre que "le camp de l'amour" est souvent celui qui succombe aux forces de l'intolérance. Il reste uniquement les efforts des deux amoureux modernes qui arriveront à survivre dans un monde qui leur refuse un certain bonheur, alors que de nombreux prédécesseurs à travers les âges montrés n'ont pu y arriver.

Regarder ce chef d'oeuvre revient à se baigner dans la source même du cinéma, se rendre compte de la puissance de cet art, de la façon dont Hollywood pouvait faire vibrer, et comment il en est arrivé à se corrompre lui-même.

Par kerloken.
Publié le 2007-01-20 14:00:56

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