(The Black Dahlia) Sortie en salle: 8 Novembre 2006
Avec: Josh Harnett, Aaron Eckhart, Scarlett Johansson, ...
Les amateurs du réalisateur attendaient tous ce film quand Brian De Palma a annonçé cette adaptation d'un roman policier de James Ellroy. Maintenant qu'il est passé assez discrètement sur nos écrans, il est temps de juger du résultat.


Adapter un roman de James Ellroy pouvait ne pas passer pour le défi le plus difficile à relever pour Brian De Palma. Le cadre du roman qui a donné son nom au film est une Los Angeles des années 50 en partie fantasmée, baignant dans la corruption et la violence. Dans une atmosphère propice au film noir, on peut s'attendre à voir le réalisateur américain plutôt à l'aise. Mais tout iconoclaste qu'il soit, il peut aussi chercher à surprendre ou dérouter le spectateur.
Tout comme L.A. Confidential, l'intrigue met en scène un trio formé par deux policiers (Aaron Eckhart et Josh Harnett) à la morale hésitante et une femme qui a tout pour être fatale (Scarlett Johansson qui pourrait être une réplique parfaite de Kim Novak dans Sueurs Froides). Ensemble, ils vont évidemment être mêlés à des affaires de meurtres, de moeurs, et de corruption.
L'introduction du film nous plonge immédiatement dans une atmosphère proche de celle de L.A. Confidential, souvent admis comme fidèle à l'univers de James Ellroy. Ici les deux boxeurs reconvertis en policiers vont découvrir l'ascension facile grâce à la magouille et la corruption. Au détour d'une enquête sur un meurtrier, une autre affaire, concernant une jeune actrice dont on a retrouvé le corps nu massacré, va les obséder. On peut s'y attendre, la suite va faire défiler toute une série pittoresque de personnages aux intentions troubles. Parmi les apparitions, William Finnley revient à nos bons souvenirs, trente ans après son rôle du compositeur maudit de Phantom of the Paradise. C'est une présence qui peut paraître anecdotique, il est rare toutefois de voir De Palma avoir un tel attachement à un acteur ou une actrice en particulier.
Une fois de plus, le réalisateur joue avec les fausses pistes, là où généralement on s'y attend le moins. Ici, c'est évidemment l'intrigue qui en sera la victime. Elle paraît parfois secondaire, laissant le spectateur se demander vers quel dénouement l'histoire se poursuit, attendant une hypothétique révélation finale. A l'instar de ses films précédents, Brian De Palma n'hésite pas à exhiber ses scènes, et si le sexe est présent et non suggéré, il faut se demander si c'est à dessein. L'évocation de l'homosexualité feminine, comme dans Femme Fatale, peut paraître ici aussi racoleur. Il s'agit souvent de mettre le spectateur face à ses propres obsessions de voyeur, comme les inspecteurs le sont avec malaise devant le visionnage d'une bobine clandestine, ou celle du personnage principal, incarné par Josh Harnett observant et observé (en tant qu'intrus et non objet sexuel) par une foule de femme dans un cabaret à la morale équivoque. Le réalisateur cherche-t-il ici à prendre à contre pied sa présence à l'écran, tant son physique avantageux a plus souvent été avancé que ses qualités d'acteur ? Il n'y a sans doute pas l'ambition d'entamer une réflexion poussée par les images, De Palma semblant le plus souvent utiliser cette mise en abîme à des fins plus ludiques, ce qui donne souvent des réalisations controversées. Il poussera ce vice du voyeurisme jusqu'à prêter sa voix en arrière plan pour les scènes d'essai de la jeune actrice assassinée.
Puis viennent les prises de vue élaborées qui sont sa marque de fabrique. Il y a, par exemple, la séquence menant à la découverte du corps d'Elisabeth Short, qui dans un mouvement fluide passe alternativement de prises vue serrées à des plans panoramiques, pour zoomer vers un autre point de la scène. On peut regretter, en revanche, une séquence où la caméra glisse doucement en vue subjective lors la présentation à la riche famille Linscott du policier incarné par Josh Harnett, mais sans autre intérêt. Plus remarquable, De Palma nous offre un jeu de miroir dans une salle de bain (autre élément récurrent avec les brèves apparitions précédentes de Scarlett Johansson qui sont là pour exciter l'imagination) qui mérite largement le coup d'oeil.
Dans ce labyrinthe où le spectateur peut se perdre dans les méandres de l'intrigue, les obsessions insistantes, ou une caméra qui ne fait jamais dans la demi mesure, il reste au bout du compte un air de déjà vu. En effet, dans cet habile mélange qui semble vouloir autant désorienter les personnages du film que ceux venus le voir, Brian De Palma construit un film aux doux parfums hitchcockiens. Considéré depuis le début de sa carrière comme l'héritier spirituel du maître du suspens, il obtient ici un résultat qui ne peut nier sa paternité, mais dans le bon sens du terme.
C'est un film qui risque de décevoir les amateurs d'Ellroy et de renforcer dans leur opinion ceux qui trouvent que le cinéma de De Palma tourne en rond depuis des années. C'est en tout cas une oeuvre fidèle à l'esprit de son réalisateur, et de ce fait très attachante.