avec Irène Jacob, Laurent Lucas, Michel Aumont, ...
Jamais sorti en salle ou en DVD, Google a voulu faire de ce film et de sa diffusion(en français) par son site une expérience particulière voire un évènement.
Mercredi 29 novembre, jour traditionnel des sorties en salle de cinéma, Google allait encore une fois essayer de faire parler de lui dans un domaine autre que le simple moteur de recherche. Le premier film du réalisateur Ra'up McGee, Automnes, était proposé gratuitement en français et à la diffusion sur la section vidéo du célèbre site. L'information relayée dans les « milieux spécialisés » n'a pas manqué de faire naître une nouvelle polémique sur les méthodes de la société Google, soupçonné de vouloir monopoliser toutes les formes de média auquel elle s'intéresse.
C'est peut être le seul argument qui peut être avancé pour comprendre la notoriété du film. Pourtant servi avec un groupe réduit d'acteurs au jeu solide, le film ne se montre jamais sous un grand jour. L'histoire suit un couple de deux êtres à part. Lui est tueur professionnel (joué par Laurent Lucas), elle est trafiquant d'explosifs (une merveilleuse Irène Jacob loin des rôles de relatives ingénues qui l'ont fait connaître). Ils se connaissent depuis leur enfance, et ce sera le fil conducteur des nombreux flash-back qui rythment le film. Ensemble il vont essayer de survivre, avec l'aide de leur meilleur ami, à un jeune gangster ambitieux et un caïd de la vieille école, dur en affaires.
Le scénario n'a rien de plus brillant. Il n'est pas non plus un poids mort pour le film, mais il n'apporte pas le relief qui pourrait rendre le tout vraiment accrocheur. Les dialogues sont souvent trop insipides ou convenus, mais peut être faut-il mettre cette critique sur le compte de la traduction si le scénario était au départ américain. Il reste enfin la scène récurrente qui fait ses apparitions par morceaux censé représenter l'expérience commune qui a construit les personnages principaux. On peut discuter sur son impact émotionnel, pas franchement réussi, et les images du magnifique Millers's crossing des frère Coen peuvent venir à l'esprit tant elles semblent proches. Automnes n'arrive pourtant pas à donner les frissons qui pourraient lui faire soutenir la comparaison.
Ce film aurait pu ou aurait dû rester dans l'oubli. Peut être d'ailleurs l'est-il déjà, toutefois la publicité qui lui est offerte ici est sans doute plus médiatique qu'autre chose, ce qui est un signe. La démarche de Google à proposer gratuitement ce film en français est lié à l'absence de distributeur sur notre territoire national pour ce titre, alors que Automne était disponible en Video-On-Demand et en DVD aux les Etats-Unis. Ce qui n'a pas manqué de secouer le milieu des média chez nous est, entre autres, l'éventuel non respect du délai de diffusion d'une oeuvre cinématographique (six mois après sa sortie en salles pour le support DVD et internet). La qualité de l'image dans le cas présent est pourtant loin de concurrencer les circuits classiques. Paradoxe supplémentaire, comment l'absence d'accord avec un distributeur justement pourrait justifier un quelconque délai de sortie ?
Tout comme la musique, le monde du cinéma est désormais forcé de ne plus négliger internet. Comme souvent lorsque le web est le centre d'intérêt, les choses semblent toujours prendre des proportions exagérées. On parle de mutation ou d'enjeu capital pour l'avenir, comme si le transfert du cinéma vers les écrans numériques était déjà définitif et total. Il reste toutefois encore difficile de deviner pour qui et comment la toile pourra être une mine d'or. Que peut représenter Automnes à part un pavé jeté bien fort de la part de Google pour voir simplement si les vagues créées font remonter un marché potentiellement rentable à court terme ? Quel impact peuvent espérer les compagnies cinématographiques si ce n'est agiter cette expérience comme un épouvantail face aux nouveaux risques que pourraient encourir la profession et insister sur des mesures de protections discutables ?
Les quelques chiffres que l'on arrive à trouver peuvent laisser pensif. La VOD en France, alimenté avec succès en majorité par les programmes de la télévision, correspondraient à quelques 2 millions d'Euros pour le premier trimestre de cette année. Là ou le cinéma mondial estime ses pertes liées à la copie illégale (sans doute la plus grosse source de téléchargement ?) en Europe à 2 milliards pour l'an dernier. Mais quel est le rapport avec les gains réels de cette industrie ?
Doit-on pour autant résumer ce film « évènement » à une bataille mercantile pour laquelle une importance trop grande est peut-être accordée ? D'une certaine façon on peut se poser la question. Ce n'est pas le film en lui même qui peut intéresser les sociétés prêtes à investir, mais son succès médiatique évidemment. Et si l'avenir doit passer par les fruits de cette expérience, le risque, comme ce qui peut se passer dans nos salles actuellement, serait de voir apparaître des productions dont la création est pensée avant tout pour sa forme de commercialisation.
Regarder le film en français sur Google