Encore une perle issue de chez Futuropolis qui nous avait déjà gratifié des Petits Ruisseaux par Pascal Rabaté et de La mémoire dans les poches par Le Roux et Brunschwig. Pas de toute Futuropolis revient en force sur le devant de la scène franco-belge et de quelle manière ! Un homme est mort n'échappe pas à la règle et cela pour notre plus grand bonheur ...
Un homme est mort chez Futuropolis, avec Kris au scénario et Etienne Davodeau au dessin.
Une couverture rouge sang qui annonce bien le ton le l’album sur fond de lutte sociale. Nous sommes en 1950 au lendemain de la guerre. Brest n’est plus qu’un vulgaire champ de ruines: cette ville détruite à plus de 80% se transforme petit à petit en un immense chantier qui doit faire surgir une nouvelle ville. Les milliers d’ouvriers qui travaillent sur les chantiers sont logés dans des « baraques ». Une grève éclate pour protester contre les conditions de travail qui leur sont imposées mais surtout pour lutter contre cette misère qui persiste. Le 17 avril 1950, lors d’une manifestation particulièrement violente, la police ouvre le feu sur la foule, un homme s’écroule, tué d’une balle en pleine tête. L’homme à terre est un jeune syndicaliste de 27 ans du nom d’Édouard Mazé.

Les deux auteurs nous livrent ici un ouvrage de mémoire à travers la vision partisane d’un jeune cinéaste : René Vautier. Il débarque à Brest clandestinement suite à l’appel de la CGT pour tourner un film sur ces événements. Son premier court-métrage, Afrique 50, premier film anticolonialiste français qui compte parmi les chefs d’œuvre du cinéma engagé. Film qui lui vaut d’être recherché par la justice française au motif qu’il viole le décret Pierre Laval. René découvre alors une ville en état de siège; le lendemain de son arrivée auront lieu les obsèques d’Édouard Mazé qui réunira une foule immense. René, accompagné par deux ouvriers brestois, P’tit Zef et Désiré, débute alors un tournage hors norme, celui du film Un Homme est mort.
Les auteurs se sont attachés le plus possible à la véracité des événements et aux paroles des témoins de cet épisode violent qui va donner naissance au cinéma d’intervention sociale. Les personnages apparaissent vivants et authentiques, le rendu des ambiances est pour le moins efficace, intimiste lors des projections sur les piquets de grève et très élargie lors des manifestations de rues. Les couleurs sont le point d’orgue du dessin de Davodeau dans cet album. La prédominance de couleurs plutôt ternes et monotones contraste avec le rouge vif des étendards et du sang, contraste qui nous livre des scènes au réalisme palpable.
Etienne Davodeau
Le dossier présent à la fin de l’album est un véritable "plus" et permet une meilleure compréhension globale. Il revient sur les aspects historiques de l’affaire et sur les quatre années de travail que le scénariste a consacré à cet album. On apprend d’ailleurs dans ce dossier que Kris a effectué ses recherches avec l’aide d’un historien et il faut bien admettre que certains auteurs feraient bien de s’en inspirer…
Kris
L’association de ces deux auteurs, qui n’apparaissait pas comme évidente, leur a permis de livrer un album d’une très grande qualité qui a d’ores et déjà reçu un certain nombre de récompenses. Je ne peux que vous conseiller la lecture de cette BD-docu où l’importance de l’investissement se ressent avec les tripes et c’est assez rare pour être souligné. Kris, le scénariste, a annoncé qu’il comptait continuer dans cette même veine car il a enfin trouvé un éditeur (Futuropolis, je le rappelle) qui lui fasse confiance. Il a notamment en préparation un ouvrage consacré au conflit Nord-irlandais qui promet beaucoup.