Tonkam vient tout juste de finir de publier la très célèbre série Comte Cain/God Child (respectivement cinq et huit volumes). Série dure, probablement pas pour tout public, elle reste néanmoins une excellente référence dans le genre.
Yuki Kaori a commencé Hakushaku Cain (comprendre : Comte Cain) au milieu des années 90, avant de l’arrêter totalement au bout de cinq volumes seulement pour se consacrer à Angel Sanctuary, et ne revenir que bien après à cet opus sous le nom totalement différent de God Child.

Comte Cain
Comte Cain nous narre les aventures de Cain Hargreaves, un jeune comte orphelin à la fin du XIXème siècle en Angleterre. Le jeune garçon, âgé à ce moment d’environ 16 ans, est alors, aux yeux de l’aristocratie, un jeune homme des plus frivoles aux goûts étranges. En effet, il est de notoriété qu'il aime étudier les poisons, et qu'il en possède une collection assez étonnante, ce qui lui vaudra d'ailleurs quelques ennuis. Néanmoins, tuer n'est pas le but du jeune comte, et il se sert surtout de ses connaissances pour résoudre des affaires criminelles, aidé en cela par son domestique personnel, Riffuel Raffit (nommé ainsi d'après The Rocky Horror Picture Show pour les connaisseurs). C’est durant Comte Cain qu’on en apprend un peu plus sur lui, son passé assez sombre, sa famille, et sa demi-sœur, Maryweather (qu'il découvre un peu par hasard, et qui deviendra par la suite un personnage important dans la vie de Cain). Mais durant ces cinq premiers volumes, cela reste à ce stade une suite d’enquêtes sans réel lien entre elles, le seul véritable intérêt restant de découvrir certains points qui deviendront plus qu'essentiels par la suite. On notera qu’en grosse intrigue, il croisera notamment le chemin de… Jack l’Éventreur.

Cain et Maryweather
God Child, entamé bien après la fin de Comte Cain, est lui plus mature. Tout d’abord, l’histoire suit cette fois-ci un fil, et, même si les enquêtes restent plus ou moins de mise, on se retrouve tout à coup pris dans une trame générale beaucoup plus sombre. D’autres personnages récurrents apparaissent et la série prend une autre dimension. C'est ainsi que Cain se retrouvera confronté à une organisation criminelle menée d'une main de fer par un homme qu'il ne connait que trop bien...
Il est difficile d’évoquer plus en avant certains aspects de la seconde série sans en expliquer le contenu et gâcher ainsi le plaisir de la découverte. Ce qui démarque avant tout ce manga et sa suite est l’ambiance gothique qui s’en dégage, accentuée par la période et le lieu choisis. Les personnages ont tous un côté mystérieux, voire sombre ou fataliste. Il n’empêche qu’on se prend d’affection pour ce Cain, maudit par son propre père, le privant ainsi du bonheur en général. Ce manga s’adresse à un public mature non seulement car il est sanglant (on s’en serait douté, puisqu’il s’agit avant tout d’enquêtes sur des meurtres), mais aussi parce qu’il aborde des thèmes plus dérangeants, tels que l’inceste ou la torture mentale (sous une certaine forme). Le héros lui-même n’est pas exempt d’une certaine dureté… Quoiqu’il en soit, si Comte Cain peut paraître très simple, voire parfois léger au niveau du scénario, Yuki Kaori s’est bien rattrapée avec God Child qui est complexe et nous laisse souvent à nous demander ce qui va arriver à ce pauvre Cain dans les prochaines pages.
En ce qui concerne les dessins, Comte Cain révèle une certaine jeunesse. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas beaux, loin de là, puisque l’auteur avait déjà un superbe coup de patte. Mais avec God Child, on en vient parfois à se demander si c’est le même Cain… tant il a évolué graphiquement. Le style est plus mûr et l’ensemble est réellement très réussi.
Le seul reproche qu’on aurait pu avoir à l’encontre de Comte Cain, le fait que l’histoire ne soit qu’une suite d’enquêtes, a plus que largement été effacé dans sa suite.