Bienvenue sur Actus MMOG et MMORPG !
Connectés : 911 (sites) | 1565 (forums)Tous les sites de JeuxOnLine...
 
Divers JOL

Robert Merle

Auteur français récemment disparu (2004), Robert Merle a traversé les drames, petits et grands, du XX ième siècle et s'en est inspiré pour nourrir ses oeuvres littéraires. Mais le maître romancier teinte aussi sa verve de son amour pour l'humanité et laisse voyager son imaginaire dans bien d'autres contrées, époques ou mondes.

Les romans

L'auteur a rencontré un succès remarquable dès son premier roman, Week-end à Zuydcoote, récompensé par le prix Goncourt en 1949. Pourtant, battant quasi à chaud le traumatisme de la débâcle de juin 1940, Robert Merle n'y épargne pas son public : l'horreur de la guerre, que lui-même a vécue, frappe violemment le lecteur. Il continue à bousculer l'opinion publique en parlant très tôt (1952) des camps de la mort, et surtout de la psychologie reconstituée d'un chef SS, dans La Mort est mon métier. Contrairement aux avis lus ici et là, je me refuse à dire : «On peut comprendre cet officier, on a pitié de lui, il n'a fait qu'obéir». L'auteur a, à mon sens, cherché à montrer comment un être, déshumanisé dès son plus jeune âge, évolue parmi les hommes sans jamais en être un, et se prend au jeu de la folie collective par une obéissance mécanique.


Suite à ces deux romans chocs, l'auteur s'évade de l'horreur moderne et nous emmène avec lui, loin dans le temps et l'espace. Vous vous êtes toujours demandé ce qu'étaient devenus les révoltés du Bounty ? Le romancier, lui, l'a imaginé et le raconte dans L'Île. Au delà d'une apparente simplicité, peut-être liée à une évocation puissante des tableaux du Douanier Rousseau, il ne s'affranchit pourtant pas, dans ce roman, d'une réflexion sociologique profonde, notamment sur le racisme. La cause profonde de ce problème, Robert Merle la voit dans un manque cruel de fraternité et cette vision est d'un modernisme et d'une clarté qui justifient la lecture de l'oeuvre.

Par la suite, il se permet de s'aventurer sur d'autres terrains littéraires et d'y attirer un lectorat frileux. Demandez à vos parents ou grand-parents, il n'est pas impossible qu'ils aient lu Malevil qui est l'un des piliers de la littérature d'anticipation française. En retraçant les aléas d'un petit groupe de survivants à une catastrophe nucléaire mondiale, Robert Merle s'offre un laboratoire social inédit. Dans ce microcosme, bien décidé à reproduire certains schémas sociaux et économiques d'avant la catastrophe, l'auteur détaille des personnalités attachantes et criantes de vérité – comme toujours, serait-on tenté de dire. Le roman offre de nombreuses perspectives lorsque ce groupe de survivants se confronte à d'autres groupes semblables. Le doute poignant de savoir si les travers de l'humanité lui sont à jamais liés transparaît ici plus encore que dans les autres ouvrages de l'auteur.



D'autres romans (tous?) de cet auteur mériteraient de figurer ici, mais finalement, ne pouvant les traiter tous, il suffit de dire que chacun porte en lui ce regard bienveillant et pourtant lucide de Robert Merle sur l'humanité, tout en abordant des problèmes de fond. La perspective, le cadrage de l'histoire est toujours proche de l'échelon individuel, comme si l'auteur, aimant tous les hommes, ne peut se résigner à laisser ses héros affronter seuls la turpitude d'autres hommes, moins fraternels.



Fortune de France



Comment évoquer ce formidable conteur sans parler de la fresque historique monumentale, lue par un public nombreux, nommée Fortune de France ? Cette fresque met en scène une famille de «huguenots» (protestants) au cours des XVI et XVII ièmes siècles. Sous la forme des mémoires de Pierre de Siorac, le récit permet d'entrouvrir une lucarne sur une société finalement méconnue à notre époque. Ou plutôt, d'actualiser une vision populaire naïve, nourrie des romans d'Alexandre Dumas, qui a largement déformé une réalité plus crue, voire cruelle.

Seulement, utilisant le naturel débonnaire du narrateur, une langue française ancienne tellement douillete et son regard humaniste plus tendre que jamais, Robert Merle nous plonge aussi avec émerveillement dans cette époque. Sa patte reste la même, et chaque personnage décrit est si crédible que l'on vit chaque page, chaque chapitre.


Pour sa part, le personnage principal, le fameux Pierre de Siorac, débute dans la vie sans réel avantage : il est certes de famille noble, mais cadet de cette famille, huguenot et provincial ! Les différents tomes de la saga décrivent peu à peu son ascension peu orthodoxe dans l'ordre de la noblesse. Très vite, il côtoie les plus Grands de la Cour, jusqu'à devenir un intime de Henri III. Dès lors, c'est en spectateur privilégié que le Comte de Siorac nous livre les secrets d'alcôve de l'entourage du Roi et même le récit de quelques unes de ses propres aventures menées en tant qu'espion avec l'approbation du Roi.

Ah certes, certains lui reprocheront un léger manque de rigueur historique, mais quand bien même l'attaque pourrait être justifiée, elle ne concerne que des points mineurs d'histoire, et ne remet pas en cause le plaisir de lire et d'apprendre. Apprendre l'histoire, donc, mais aussi apprendre à aimer les gens, qu'ils soient riches ou pauvres, beaux ou laids, instruits ou rustres.




Telle est la leçon que le professeur de lettres et de vie a tâché de nous enseigner au cours de ces presque soixante années de littérature : il faut aimer l'homme, sans le placer sur un piédestal pour autant. L'homme est capable d'horreurs, certes. Mais sans cet amour fraternel, pourrions-nous encore avoir foi en l'avenir, quand notre passé est traversé de sillons remplis de sang ?

Par Kantziko.
Publié le 2006-11-26 19:08:20
Page Wikipedia sur Robert Merle

Commenter l'article

Copyright © 2008 JeuxOnLine. Tous droits réservés.  Intégration xHTML/CSS : Sylfaen  Graphisme : Alembik  Divers/PHP : Nijel