La fin justifie-t-elle les moyens ? C’est la problématique qui domine le récit de Kentaro Miura. Cette question maintes fois posée (dans Kenshin le vagabond, par exemple) nous oblige à réfléchir sur la possibilité d'accepter certains sacrifices immédiats à un dessein plus lointain. Le Behelit, pierre de magie noire, est la symbolique de cette question. Cette relique a la capacité d’exaucer n’importe quel vœu de son propriétaire à condition que ce dernier lui sacrifie ce qui lui est le plus cher. L’auteur illustre son interrogation par une œuvre directe, violente mais épurée dans le sens où les concessions ne sont pas de la partie. Car le monde de Berserk est un monde dur, cruel à l’image de la vie de son héros : Guts.
Guts (prononcé Gatsu par les japonais) signifie « tripes ». Et il lui en faudra des tripes à notre ami pour surmonter sa destinée affolante de drames et d’embûches. Né d’une mère morte en l’accouchant, Guts devra sans cesse sortir la tête de l’eau pour triompher des amères leçons de sa vie.
Avide de vengeance plutôt que de justice, le chevalier noir mène une quête au milieu des ombres dans laquelle il n'est point de salut pour les faibles. Il est accompagné par Puck, l'elfe jovial, personnage humoristique de la série qui permet de soulager la narration.
Kentaro Miura s'est fait connaître alors qu'il était étudiant en gagnant le premier prix de la Coni Manga School avec un essai de 48 pages appelé Berserk Prototype dans lequel on trouve une bonne partie des ingrédients de la série finale même si quelques différences sautent aux yeux. Cet essai fut réédité dans le tome 14. Berserk paraît dans le magazine Young Animal (équivalent pour adulte de Shonen Jump) et en est au Japon au trentième volume.
En France, l’édition du manga connut de nombreux déboires. Après un essai osé mais infructueux de Samuraï issu d’une librairie parisienne alors qu’ils n’étaient même pas détenteurs des droits, ce fut aux éditions Dynamics de tenter l’aventure. Malheureusement (ou heureusement, c’est selon) l’histoire se termina au bout de six volumes après de vives critiques en raison d’une édition en sens de lecture occidental.
Finalement, au terme d'un long suspens et alors que tout le monde croyait que l’affaire était bouclée chez Tonkam, c’est Glénat qui réussit à obtenir les droits et commença la parution, mais cette fois-ci en format « bunkô » (format d’édition japonais courant) et dans le sens original.
Dans ce seizième volume, Guts aura fort à faire : affronter un apôtre, essuyer les foudres de la papauté et faire connaissance avec un redoutable ennemi tapi dans l'ombre...
Ce volet marque un tournant à plusieurs égards :
Comme à chaque volume, on ne peut que s'émerveiller de la qualité toujours en progression du trait de Miura. Le souci du détail, la mise en scène, tout est maîtrisé. Il suffit d'ouvrir le tome 1 et de comparer pour s'estomaquer des progrès qui ont été faits, ce qui n'augure que du bon pour la suite !
Si vous n'avez pas encore bien compris le message que je veux faire passer, courez chez votre libraire acheter ce seizième opus ! En attendant le tome 17 prévu pour le 3 janvier 2007.