Sorti en plein coeur du tourbillon du renouveau du rock'n'roll, ce disque commence pourtant à faire son trou. Malheureusement, il apporte la preuve que tout ce qui comporte des guitares et vient d'Angleterre n'est pas forcément béni des dieux.
« Tiens, et si j'achetais un disque dont je n'ai jamais entendu parler ? » se demande l'apprenti chroniqueur en quête d'émotions fortes. Après quelques minutes, voire secondes, d'écoute, l'auteur de ces lignes se retrouve devant la caisse tout content de son acte, acheter un disque hors de tout a priori critique, convaincu d'avoir ici démontré son libre arbitre et sa pertinence artistique. « Mince, ça m'apprendra à faire l'andouille », se dira le même quelques heures plus tard.
Il est ici question de Razorlight, jeune quartet londonien, dont le leader est avant tout connu pour avoir été le bassiste des Libertines juste avant leur tout premier album. On se demande d'ailleurs si la concierge de Pete Doherty prépare un opus solo, mais peu importe. Il s'agit donc d'un groupe issu de toute cette nouvelle scène post-punk, marchant d'après leur premier album sur les traces de Franz Ferdinand et donc des susnommés Libertines. On cite bien ces deux groupes, plutôt que leurs glorieux ancêtres usuellement invoqués dans ce genre de chronique (Gang Of Four, Clash, etc, etc), car c'est d'entrée là que le bât blesse : un manque confondant d'originalité à l'heure actuelle. Guitares funk glaciales, voix éraillées, un soupçon d'acoustique par dessus pour cacher la misère, et hop on emballe.
Or, non, ça ne fonctionne pas. Car si sur certains titres comme « In The Morning » ou « Pop Song 2006 », on a vaguement l'impression d'entendre d'honorables sous-Kaizer Chiefs (ce qui ne constitue pas la panacée, on en est conscient), on est rapidement gêné par une volonté permanente du consensus, une recherche constante du tube dans le vent qui ôtent toute personnalité à ce groupe. Rien ici ne heurtera les oreilles de l'auditeur, tout le caressera dans le sens du poil comme le pseudo-grandiose (et rapidement insupportable) « America », visiblement conçu pour animer les radios adolescentes US, ou « Back To The Start » qui nous ramène carrément à Police ou INXS.
Car ce groupe sonne irrémédiablement daté. Le producteur Chris Thomas, responsable quand même du Never Mind The Bollocks des Sex Pistols, ce qui n'est pas rien, serait-il dépassé ? Confondant nostalgie et passéisme, modernité et opportunisme, décontraction et je-m'en-foutisme, Razorlight tente en vain de rattraper un train pour lequel il n'a même pas de billet. Chansons insipides mixées de façon beaucoup trop lisse, voix pénible qui rappelle parfois Eddie Vedder de Pearl Jam, rien ne sauvera Razorlight. Et surtout, on ne trouve jamais la moindre faille, la moindre vulnérabilité, tout est surgonflé aux stéroïdes, impitoyablement boursouflé.
Johnny Borrell, le frontman du groupe, reprochait aux Libertines leur manque d'ambition. On lui reprochera exactement le contraire, cherchant à atteindre le sommet sans s'en donner les moyens véritables. Une production aseptisée ne suffit pas à gagner le coeur des auditeurs, non, il leur faut des chansons, des chansons, encore des chansons. Exactement ce dont manque Razorlight.
Ah et sinon, si quelqu'un cherche un exemplaire de ce disque, très peu servi, état neuf...