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[My Rock'n'Roll] The Strokes - Is This It

Heureusement, il sort encore de nos jours des disques capables de rivaliser avec les classiques du rock'n'roll. La preuve avec ce disque de 2001, totalement inattendu alors, et dont l'influence se fait encore sentir aujourd'hui.

The Strokes - Is This It"Is this it ?" Excellente question. Sorti en France une semaine avant le 11 Septembre 2001, ce disque aura finalement chamboulé pas mal de choses dans le petit univers de la musique populaire.

Résumons : en 2001, le monde du rock est aux mains de Radiohead, qui nous assomme d'albums plus intellectuels et hermétiques les uns que les autres, de Moby qui nous vend ses boucles de supermarché sur toutes les télés du globe, de Coldplay qui rêve de devenir le nouveau U2 (on croit rêver), bref, c'est plus que morose. Cobain est mort depuis sept ans, alors, entre temps on s'est payé le trip-hop, le nu metal, et tout un tas de fadaises déjà oubliées.

Sauf que. À New-York, on y a toujours cru. À New-York, on ne fait rien comme les autres. Repérés avec leur EP The Modern Age, les cinq petits bourgeois des Strokes vont rapidement remettre les Converse All Stars et les blousons de cuirs à la mode. Les guitares Les Paul Junior, aussi. Car il s'agit ici intégralement d'un rock à guitares. Sept ans qu'on n'avait pas entendu ça, donc.

Cette chanson, "The Modern Age", fut la première qu'on eut l'occasion d'entendre des Strokes. Et là, l'auditeur averti chavira. Sur une rythmique plus que primitive, des guitares sourdes façon Television soutiennent une partie vocale incroyable, parfait pastiche du Lou Reed de Loaded, narquois et hautain. En gros, on se retrouve tout à fait trente ans en arrière.

Le reste est à l'avenant : les Strokes n'inventent strictement rien. Inutile d'y chercher l'aventure d'un disque de post-rock, le chamboulement d'un mix electro, non, tout dans Is This It a déjà été dit. Mais c'est bel et bien là l'intérêt. A la fois décomplexés et post-modernes à la sauce Warhol, les Strokes recyclent, concassent, recréent. Si l'histoire devient jubilatoire, c'est que ces cinq gandins ont largement les moyens de leurs ambitions.

Car les chansons sont là. "Last Night" et son imparable refrain, "Someday" et son accélération de guitare doublant la voix, "Take It Or Leave It" et son intemporelle rage adolescente, on en passe. On retiendra évidemment le très contesté "New York City Cops", dont le ton sarcastique à l'égard des policiers en question semblait plus que déplacé à la date de sa sortie, remplacé par un autre titre aux Etats-Unis. Il y a ce son, aussi. Enregistré dans un studio minable de Brooklyn par un sombre inconnu, le disque sonne comme tous ces classiques que nous avons adulés. Basse sournoise, batterie métronomique, et surtout, ces deux guitares en dialogue permanent, comme au bon vieux temps du Velvet ou du MC5. Le tout survolé par la voix de Julian Casablancas, entre Jagger et Jonathan Richman, plein de morgue et d'arrogance.

On pourrait critiquer aisément le passéisme de Is This It, craindre comme David Bowie que ce disque des Strokes soit "trop parfait", mais il ne faudrait surtout pas négliger la classe incroyable dont il est empli. Le bon goût de ces jeunes gens est absolu : on croise ça et là les fantômes du Velvet, des New York Dolls, des Ramones, du Patti Smith Group, de Television, bref, de tous ces groupes qui ont fait de New York la plus belle ville du monde.

Après ça, tout une génération allait pouvoir se mettre au rock. Les White Stripes allaient bientôt emboîter le pas, Franz Ferdinand empocher le pactole, Pete Doherty défrayer la chronique, mais tout est parti de là. Tout ce qui fait que tous ces jeunes gens parisiens se lookent comme Patrick Eudeline en 77 et empoignent des Telecaster Squier, tout ce qui fait que la mode, à l'image d'un Heidi Slimane, s'empare de tout ce qui fait l'imagerie rock'n'roll, tout ce qui fait que désormais la création de tous ces glorieux losers des années 70 se retrouve comme canon esthétique ultime.

Cruelle ironie, mais les Strokes ont, avec leurs tronches de jeunes premiers, fait basculer les mentalités. Oh, certes, on peut regretter que tout se proclame "rock" de nos jours, ce qui ne veut évidemment plus rien dire, mais il faut avouer que nos discothèques se sclérosaient avant ce retour flamboyant des guitares électriques. Après ça, on pourra revenir au meilleur du rock'n'roll, redécouvrir l'histoire, et, si possible, la continuer. "Is This It ?" Ça se pourrait bien, jeunes gens.

Par Dandal.
Publié le 2006-11-09 18:12:23

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