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[My Rock'n'Roll] Elvis Presley - Elvis Presley

Il fallait bien une étincelle qui mette le feu aux poudres. Un disque, un seul, et tout serait lancé. Quand ce disque sort en 1956, ce n'est certes pas le premier de l'histoire du rock'n'roll, mais bien le début d'une révolution culturelle.

Elvis PresleyEvidemment, dans une anthologie, on doit bien commencer quelque part. Par un disque qu'on présentera en premier, de façon logique, évidente. Autant prendre celui par lequel tout a commencé.

Précisons-le d'emblée, il faut impérativement réhabiliter Elvis Presley. On a forcément de lui l'image tétanisante d'un poussah en costume à paillettes chantant des bluettes insignifiantes, d'une voix d'or certes, sur la scène d'un casino de Las Vegas. L'image d'une idole décatie, colonel Kurtz du Midwest, parti au bout du fleuve du rock'n'roll, n'ayant plus rien à prouver ni à attendre.

Or en 1956, ce type a changé le monde. Comprenons-nous bien : il n'est pas question ici de retracer l'histoire du rock'n'roll. On pourra toujours objecter qu'Elvis ne fut pas le premier, ne fut en aucun cas un inventeur, et tout cela est vrai. Il y en eut d'autres avant lui, et pas des moindres, des Louis Jordan, des Ray Charles, des Fats Domino. Mais voilà. Elvis était blanc, beau, d'une énergie folle, prêt à conquérir l'Amérique.

On a beaucoup glosé sur la personnalité supposée fade d'Elvis, c'est oublier la folie intérieure d'un être ravagé par la mort à la naissance d'un frère jumeau, d'un enfant complexé couvé par une mère étouffante, d'un plouc en conflit perpétuel avec les femmes. Elvis est bien sûr la première star du rock'n'roll, mais il est seul dans son registre. On parle ici d'une figure morbide, hantée, en fuite permanente, transformant ses peurs en tendres euphories, son mal-être en sensualité débridée.

Parlons de ce disque. On y trouve heureusement des classiques incroyables, des « Heartbreak Hotel », des « Blue Suede Shoes », des joyaux chatoyants et indémodables. N'oublions pas « I Love You Because » blues transcendé par une douceur trouble, « I Got A Woman » d'une chaleur torride, « My Baby Left Me » d'une subtilité effarante. Il y a aussi cette piste fantomatique, numéro 13 sur le disque compact, une vieille chanson populaire d'avant-guerre. Parfaitement épaulé par ses valeureux spadassins, Scotty Moore à la guitare, Bill Black à la basse et DJ Fontana aux percussions, Elvis crée avec « Blue Moon » une esthétique nouvelle, pulvérise les clichés d'alors, propulse le vingtième siècle dans une ère révolutionnaire. Car « Blue Moon » annonce tout à la fois Gene Vincent, Vince Taylor, mais aussi David Lynch, Nick Cave, Jim Jarmusch, les Cramps, Dr John, les Doors, le Gun Club. Noyée dans la réverbération, cette chanson fait entrer le vaudou dans la musique blanche, et le loup dans la bergerie.

Après ça, le rock'n'roll peut arriver dans tous les foyers, bouleverser les coeurs des teenagers et férocement changer les mentalités. Elvis ne véhicule certes dans ses textes aucune révolte, même légère (façon Eddie Cochran quelques années plus tard), mais son attitude déchaînée, sa voix délurée, sa frénésie générale en font un vecteur subversif incontestable. Désormais, l'homme blanc pourra hurler, danser comme un fou, suggérer le sexe et la débauche, rêver de liberté et d'épanouissement. En volant aux Noirs, Elvis permet aux Blancs de ne plus avoir honte de leur couleur. Désormais on n'aurait plus peur de la mort, de l'inanité d'une vie morne et confortable, non, désormais on voudrait vivre autrement.

Oh, certes, Elvis paraissait un peu hébété. Il y a cette scène dans le film Walk The Line, dans laquelle Johnny Cash rencontre enfin le King. Celui-ci ne trouve aucun autre sujet de conversation que la nourriture. Certes, c'est sans doute caricatural, mais on sait ce qu'il arriva. Elvis, crédule, obèse et impuissant, arnaqué par le colonel Parker, son agent plus que double, mourut d'ennui. Creux, sans doute. Mais, toujours, tout au long de sa carrière, incroyablement vivant dès qu'il chante. Même au coeur de ses albums terriblement niais des années 60 et 70, il parvint à sauver globalement le tout de sa voix irréelle, probablement parfaite. Il n'exista qu'en chantant, première idole post-moderne, icône parfaite de l'Amérique jeune et sans repère d'après-guerre.

Ensuite, on le sait, il y aura les Beatles, les Rolling Stones, le punk (et un certain London Calling des Clash qui reprend la pochette de ce disque), le metal, la cold-wave. Elvis deviendra la désuète relique d'une époque naïve, symbole de l'insouciance et de la légèreté, mais tout le monde, absolument tout le monde, lui doit quelque chose.

Rédigé par Dandal

Publié le 11 octobre 2006 à 16h51

Dernière mise à jour le 11 octobre 2006 à 16h51