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13 (Tzameti) de Géla Babluani

Avec George Babluani, Aurélien Recoing, Augustin Legrand... (2006)
La roulette russe au cinéma restera sans doute à jamais incarnée par la folie de Christopher Walken dans Voyage au bout de l'enfer. Mais ici il ne faut pas se laisser abuser par la présence de ce jeu macabre, l'intérêt est ailleurs.

La jaquette du DVD édition classique Evitons à tout hasard la confusion. Nombre hautement symbolique, ce n'est pas une adaptation d'une célèbre bande dessinée à tiroirs et à rallonge. 13 Tzameti (qui serait l'écriture du chiffre dans la langue natale du metteur en scène) est la première oeuvre d'un jeune réalisateur d'origine géorgienne, et on peut espérer au vu du résultat que ce ne sera pas la dernière.

Sa sortie en DVD depuis fin octobre est l'occasion de faire une séance de rattrapage sur ce film qui le mérite amplement.

Sébastien, jeune immigré, vit avec sa famille de quelques travaux clandestins. Alors qu'il répare le toit d'une vieille maison, il va se retrouver avec une enveloppe récupérée sur le cadavre du propriétaire de cette demeure, qui va le conduire à vivre à une soirée où il sera le participant d'un pari morbide inspiré par le jeu de roulette russe.

Que ce soit par son sujet, ou le format choisi, dans un noir et blanc au grain épais qui augmente un sorte de coté "sale", Gela Babluani ne cache pas son intention de faire avant tout un film noir.

Ici la grandeur d'âme n'existe pas. Les policiers, comme dans la tradition, sont durs et acharnés, mais ils seront impuissants à conclure une affaire insaisissable. Les criminels, toujours fidèles à ce genre noble, ne sont pas des caïds improbables, mais des marginaux sans morale. La distribution est une suite de personnages bien marqués, comme ce frère d'un adversaire brutal et terrifiant, joué par Christophe Vandevelde (on a déjà pu le voir dans un rôle du même registre dans Sur mes lèvres de Jacques Audiard), un acteur qui peut s'imposer dans ce cercle honorable des seconds rôles remarquables que le cinéma français a de tout temps réussi à créer.

Dans ce milieu survivant caché tant bien que mal, Babluani arrive à nous faire imaginer qu'il aurait pu y avoir un passé presque romantique par quelques évocations citées par quelques personnes qui auraient connu cet ancien temps. Ces rescapés, réunis dans une vieille maison perdue au fond d'un bois inquiétant, jouent la dernière chance de leur vie pour sauvegarder une coutume sinistre, en essayant désespérément de lui donner une illusion de noblesse.

Sébastien pris au piège d'un jeu macabre

Au milieu de cette assemblée le jeune héros (joué par le frère du réalisateur, le reste de sa famille fera aussi une brève apparition) apporte un contraste par sa carrure fine, qui n'est pas taillée pour l'expérience qu'il va vivre, ni pour les être humains qu'il va rencontrer. Mais il saura garder son individualité face à la folie qui l'entoure, en gardant conscience que dans ce jeu, on tue les autres qui sont consentant, en restant constamment sous le choc de la partie qui vient de se dérouler, et en restant sur sa ligne, l'objectif qu'il s'est fixé de sortir sa famille d'immigrés de la misère, c'est à dire gagner une somme d'argent considérable. Il reste ainsi jusqu'à la fin le seul être humain qui peut garder cette définition de façon plus noble. Son dernier regard avant le générique traduit cette dignité, parce qu'il a réussi ce qu'il a voulu faire, et a accepté ce dernier geste dont il est victime comme une sorte de rédemption à ce qu'il considérerait comme ses crimes commis quelques heures plus tôt.

Gela Babluani complète son tableau par le coté pitoyable de ces gens d'un milieu de gangsters, qui n'ont pourtant rien qui pourrait leurs donner un charisme vénéneux. Les plus vieux comptent leurs billets comme leurs maigres économies d'une vie ratée, les participants à ce pari insensé s'évadent d'une réalité qui peut les faire mourir si facilement par la folie, l'alcool ou la drogue. L'arbitre lui même, alors que sa position face à la mort pourrait lui donner une certaine distance, communique son hystérie et l'impression d'être sur le fil du rasoir. Ces comportements d'aliénés guidés par l'envie irraisonnée de gagner de l'argent pourraient presque faire ressurgir les citations des plus beaux film noirs. "Le crime n'est qu'une forme dégénérée de l'ambition", faisait citer John Huston à un de ses personnages de Quand la ville dort.

C'est un premier film sombre, pessimiste, mais brillant, parce qu'il limite son propos au point de vue du réalisateur sur la scène qu'il montre comme un témoin. Il juge les protagonistes du drame, mais ne se sert pas de sa conviction pour placarder des leçons de morale aux spectateurs, qu'il va laisser encaisser le malaise qu'il lui lance.

Le DVD en lui même, dans sa version classique, n'apporte rien de particulier par ses bonus. La présence de la bande annonce, procédé que je juge toujours aussi mauvais de la part des producteurs pour nous faire croire à la présence de contenu (quel intérêt d'avoir un montage censé donner envie d'aller voir un film qu'on vient d'acheter ?). Les deux entretiens (celui des frère Babluani, et de l'acteur Aurélien Recoing) sont classiques mais pas forcément très intéressants. Le faux témoignage est très anecdotique, et les scènes coupées peuvent toujours être intéressantes à regarder, mais le film tel qu'il est déjà monté suffit largement à apprécier l'oeuvre. Il reste qu'au tarif modeste où on peut trouver cette édition, c'est une opportunité de découvrir un jeune talent qui mérite de continuer à nous offrir de telles perles dans le futur, peut-être dès le 20 Septembre avec sa nouvelle réalisation, L'héritage.

Rédigé par kerloken

Publié le 29 septembre 2006 à 21h58

Dernière mise à jour le 29 septembre 2006 à 23h07